A 16 jours du premier tour de la présidentielle, le candidat Sarkozy multiplie les déclarations choquantes et outrancières, s'abandonnant à une surenchère de la violence verbale qui trahit sa fébrilité. Et s'il était en train de perdre les pédales? Une idiotie pour commencer : "
En ce qui me concerne, je ne suis ni énarque ni agrégé, ça me permet de ne pas être démagogique", a déclaré Nicolas Sarkozy, en réponse à la proposition de François Bayrou de supprimer l'Ecole Nationale de l'Administration. Ah bon ? En quoi n'avoir ni fréquenté l'ENA, ni obtenu d'agrégation universitaire permettrait d'éviter la démagogie ? Faut-il traduire par : seul quelqu'un qui n'a pas fait de hautes études - même si lui-même a obtenu Sciences Po et son Droit ! - dit la vérité au peuple ? Une façon de dire : "
voyez, je suis comme vous, je n'ai pas fait l'ENA, je n'ai pas d'agrégation, ces diplômés sont tous des menteurs" ? Mais le propos n'est-il pas alors... éminemment démagogique ? En outre, en ce qui concerne la
sincérité, on se pince ! Quoi qu'il en soit, cette première déclaration, qui intègre le grand bêtisier du candidat Sarko, avec "
multiplier les lois ne résoud pas les problèmes", de la part d'un législateur boulimique multi-récidiviste, "
chiites et sunnites sont deux ethnies différentes" ou encore "
la pédophilie et le suicide sont génétiques", audacieuse théorie dernièrement énoncée devant un
Michel Onfray abasourdi (lors d'un entretien organisé pour
Philosophie Magazine), tout cela n'est que roupie de sansonnet face à la suite du récent
verbatim Ignoble ! Menteur ! Hystérique ! Alors qu'aucun leader politique n'a dit soutenir les fraudeurs, les émeutiers et les délinquants, le candidat UMP persiste à répondre dans ce registre, concernant les
incidents de la Gare du Nord : il dénonce ceux qui "
ont pris le parti des fraudeurs et des émeutiers", puis précise : "
J'ai trouvé que c'était curieux qu'une candidate à la présidence de la République prenne la défense des fraudeurs", brode : "
L'ordre juste, c'est le moralisme qui se trouve toujours du côté des voyous contre les victimes, contre la propriété et contre l'autorité (...) c'est quand ceux qui ne veulent ni étudier ni travailler ont le droit de piller un magasin pour se procurer des chaussures de sport sans avoir à les payer ! (...) Prendre la défense du fraudeur, toujours trouver des excuses à ceux qui ne respectent rien, voilà ce que j'appelle la faillite morale d'une certaine gauche", et répète encore : "
Quand elle soutient le fraudeur, elle ne doit pas s'attendre de ma part à des applaudissements". Quand ? Qu'a-t-elle dit en ce sens ? Qu'importe : à force de réitérer une affirmation, en l'occurrence jusqu'à la nausée, elle devient une vérité. Ségolène Royal a beau jeu de rétorquer : "Où a-t-il vu que j'ai soutenu les fraudeurs? C'est lui qui a prononcé l'
amnistie pour Guy Drut ". Bien vu : intraitable avec le resquilleur pour 1,40 euros, compréhensif avec les
120000 euros perçus à titre d'emploi fictif par le député olympique et ancien ministre UMP, comme il sait l'être envers les malversations de son ami
Patrick Balkany . C'est comme ça avec la droite sarkoziste : tolérance zéro pour les petits voyous mais pas un mot sur les délits financiers dans sa loi de
prévention de la délinquance ... Ulcérée de passer pour la sainte patronne des caïds de banlieue, la candidate socialiste traite l'homme aux amalgames de "
menteur" et l'encourage à "
tenir ses nerfs" : "Quand ce candidat de droite se permet de dire que je suis du côté des voleurs, des fraudeurs et pourquoi pas pire, je pense que c'est une insulte, qu'il perd son sang froid". Car que dit en face Sarkozy ? "
Quand elle me traite d'ignoble, je ne dis rien, je mets ça sur le compte de la fatigue passagère". Mensonge, là encore: Royal n'a évidemment jamais qualifié Sarkozy d'ignoble, l'épithète visant son idée de ministère connu ici sous l'intitulé de "Préservation de la race blanche". Mais ça n'arrête pas le petit Néron, toujours offusqué par l'adjectif "
ignoble" : "C'était pas une perte de nerfs ? J'ai même dit que
c'était
une forme d'hystérie. Voilà, il faut pas s'agacer que dans une
campagne électorale il y ait des arguments qui s'échangent, tranquillement." Tranquillement ? Mais Sarkozy n'est pas tranquille, ni sa rupture, ni ses arguments. Il le prouve en montant d'un cran sur l'échelle des provocations, avec cette accusation d'hystérie. Du grec
hystera, qui signifie utérus : "
état psychopathique, névrose pouvant simuler diverses maladies et se manifester par ces crises convulsives, des attaques, etc.", nous apprend le dictionnaire. L'étude de cette maladie doit beaucoup au professeur Jean-Martin Charcot, père de la neurologie moderne, dont on peut voir ci-dessus quatre photos illustrant cette pathologie, ainsi qu'un tableau du peintre Brouillet ci-contre, le représentant en 1887 durant une leçon à La Salpêtrière, montrant une hystérique en pleine crise à ses étudiants. Bon sang mais c'est bien sûr : au chevet de la malheureuse Ségo l'hystéro, Sarko se prend pour Charcot !
Sarkozy, nous voilà ! Mais il y a beaucoup plus grave, un palier supplémentaire étant franchi dans
la lepénisation . "Qui ne voit qu'il y a un lien évident
entre la politique d'immigration non maîtrisée depuis 30 ou 40 ans et
l'explosion sociale dans nos quartiers ?
Ca crève les yeux qu'il y a une liaison entre les deux. Si on ne peut même pas dire que dans nos quartiers il y a une population récemment française et que le nombre de cette population a créé des problèmes d'intégration qui font que le pacte républicain menace d'exploser, si on ne peut même pas dire cela, il y a aucune
chance qu'on résolve le problème." Et voilà, c'est dit : si les quartiers explosent, c'est la faute de l'immigration. Les délinquants de banlieue sont en effet tous des immigrés (et clandestins en plus, encore mieux), ou bien des Français d'origine étrangère (à la rigueur). Le Pen et Villiers le disaient déjà : Sarkozy, nous voilà ! Durant la même conférence de presse, à l'occasion de laquelle il présentait son programme, le candidat UMP a montré qu'il maîtrisait non seulement à merveille le langage du Front National, mais aussi
celui du MEDEF (si vous l'aviez oublié) : n'a-t-il pas dit souhaiter des ruptures du contrat de travail "par consentement mutuel" ? Exactement ce que réclame Laurence Parisot, patronne des patrons, avec son
concept félon de "séparabilité" . Antisocial, tu perds ton sang-froid ! Que dire de ses meetings de Lille et Nice, de ce discours incendiaire dont l'hebdomadaire
Marianne juge qu'il a développé "une véritable thématique fascisante" ? Que Sarkozy se présente désormais comme le sauveur suprême, le seul à se dresser contre... l'anti-France !
Sarko contre l'anti-France Comme pour Bush, on est avec Sarkozy ou contre lui. Et être contre lui, c'est être contre la France : "
Les Français auront à choisir entre ceux qui sont attachés à l'identité nationale et qui veulent la défendre et ceux qui pensent que la France a si peu d'existence qu'elle n'a même pas d'identité (...) entre ceux qui ne veulent plus entendre parler de la nation et ceux, dont je suis, qui exigent qu'on respecte la nation (...) ceux qui aiment la France et ceux qui affichent leur détestation de la France". Royal et Bayrou, agents de l'anti-France ? S'agissant du resquilleur dont l'interpellation ultra musclée a été à l'origine des événements, Sarkozy y voit "une sorte de héros pour Mme Royal et M. Bayrou et pour une partie de ce microcosme parisien qui ne prend jamais le métro (...) Eh bien c'est clair:
l'autorité et le respect, c'est de notre côté. La fraude et le soutien à la délinquance, c'est de l'autre côté". Histoire que l'on comprenne bien, Sarkozy insiste qu'il juge "
indigne d'un candidat à la présidence de la République de prendre le parti de ceux qui violent la loi délibérément (ce qui fait de lui) un irresponsable qui ne mérite pas les responsabilités auquel il prétend". Lui par contre, se veut aux côtés du "citoyen qui n'en peut plus de l'insécurité et de la violence, qui n'en peut plus de payer des impôts pour financer
des assistés qui vivent sans rien faire". A vomir : après son amalgame entre immigré et délinquant, voici donc qu'il y inclut le chômeur. Sauveur de la France silencieuse qui se lève tôt, le petit Néron se pose en rempart face au chaos, posture qui fait écrire à l'hebdomadaire
Marianne : "Une phrase terrible de Sarkozy, qui, à Lille, a accusé tous ses adversaires, Ségolène Royal comme François Bayrou, d'être les candidats de la délinquance et du vol, donc du crime. Pour la première fois, une véritable
thématique fascisante lui est venue spontanément à la bouche. Or, aucun média radiotélévisé n'a jugé bon de pointer ce dérapage. On frissonne !" Autre omission médiatique enfin, cette petite phrase : "La France n'a pas à rougir de son histoire, la France n'a pas commis de génocide. Elle n'a pas inventé
la solution finale". Citons cette fois Daniel Schneidermann, qui y réagit dans les colonnes du
Libération de ce matin : "tiens, l'Allemagne, tenez, les Allemands, tiens Angela Merkel, vous n'avez rien demandé, vous ne vous êtes mêlés de rien pendant cette campagne, mais attrapez-la dans les gencives, la solution finale! Ces phrases ne sont pas seulement insultantes pour les Allemands d'aujourd'hui, et ceux d'hier, qui ont accompli un travail de mémoire tel qu'aucun autre peuple n'en a accompli. Elles sont surtout irresponsables. Sarkozy aspire à devenir Président. Et la parole du Président, c'est la parole de la France. La parole de la France à l'Allemagne, entre 2007 et 2012, consistera-t-elle à renvoyer le partenaire historique à Auschwitz ? Comment imaginer qu'un incendiaire ayant en tête ce genre de réminiscences puisse aller négocier avec la chancelière allemande, sans tabous ni arrière-pensées, avec la sérénité qui sied à deux partenaires quotidiens, par exemple sur la répartition des suppressions de postes à Airbus ?
Posté par Olivier Bonnet à 05:30 -
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