| Mais que fait Romain Goupil, celui qui n’a pas les mains rouges, le droit-de-l’hommiste compulsif qui voit des Darfour partout. Tu es où, Romain ?
En général, les journalistes bien élevés présentent Romain comme
« cinéaste ». Ainsi, on ne dit pas « Romain Goupil », comme on dit
« Jean Renoir »… On dit « le cinéaste Romain Goupil », des fois que
d’aucuns ignoreraient l’occupation de ce fils d’Eisenstein et de
Murnau. Peut-être qu’avec les beaux jours, Romain est parti à la chasse
aux papillons. A Tanger, chez BHL, où ils sont tous les deux coupés du monde, lui et le néo philosophe. Et donc coupés du Monde.
Car enfin, au moment ou le bulletin de leur paroisse
publie en page « Débats Horizons », le point de vue d’un homme accusé
de « crime de guerre », les sonars et radars de Bakchich,
tendus pour capter tout bruissement à propos et des droits et de
l’homme, n’ont capté aucune trace de protestation du Goupil, du BHL, du
Bruckner ou du Val.
Si le porte-colombes de ces guérilléros de la liberté n’est pas amarré
à Tanger, peut-être est-il à Dharamsala, ancré dans la baignoire du dalaï-lama ? Peu importe, nos garçons sont hors zone, et pas en état de
protester contre l’acte barbare du Monde. Mais qu’a donc fait le grand quotidien de référence ? Il a donné deux tiers de page à Henry Kissinger.
Vous savez, l’increvable crapule qui, depuis 40 ans, souffle sur toutes
les braises de la planète, Kissinger le chien de guerre ! 
Kissinger et Pinochet
La face cachée de Kissinger occultée par Le Monde
Accueillante et bien élevée, la sous-maîtresse du Monde, celle qui reçoit le cher Henry, nous annonce : « M. Kissinger a été secrétaire d’Etat des présidents américains Richard Nixon et Gérald Ford entre 1969 et 1977 ».
Première indication, tirée de cette présentation mondaine : nous avons
en face de nous un type qui a travaillé avec un bandit, puis enchaîné
avec un autre, incapable de marcher et de mâcher du chewing-gum en même
temps. Et notre quotidien poursuit : « Avocat et
théoricien de la realpolitik, il aura été le grand artisan de la
détente avec l’URSS et la Chine au début des années 70. Il s’est vu
décerner le prix Nobel de la paix en 1973, après la conclusion des
accords de mettant fin à la guerre au Vietnam. A 85 ans, il reste un
expert chevronné et écouté des relations internationales ».
Avez-vous lu quelque part, même de façon subliminale, que cet Henry a
été convoqué par le juge français Le Loire, à propos de la disparition
de cinq français dans un Chili rendu délicieux par l’action du bon Pinochet.
Et que, plutôt que de répondre à la convocation, Henry (metteur au
point l’opération « Condor », c’est-à-dire l’extermination des
opposants à Augusto), a préféré prendre le premier avion pour s’enfuir.
Pareil quand, en Espagne, c’est le juge Garzon qui a souhaité entendre
la rocailleuse voix du diplomate favori du Monde.
Le britannique Christopher Hitchens, qui par parenthèses, vient de publier Dieu n’est pas Grand, un livre au poil sur tous les petits Jésus de l’ Histoire, a écrit un autre bouquin, sympa aussi, intitulé Les Crimes de Monsieur Kissinger. Il faut croire que les éditions Saint-Simon ont oublié de livrer la bibliothèque du Monde,
puisque le quotidien qui nous réfère ne connaît qu’un versant du cher
Henry, celui de l’homme blanc et bon. Pourtant, Hitchens dit que la
responsabilité directe de monsieur Kissinger ne fait plus aucun doute
dans la prolongation injustifiée de la guerre au Vietnam, et son
extension au Cambodge et au Laos. Pas plus que son implication dans les
campagnes d’assassinats et de subversion de la démocratie au Chili, à
Chypre, en Grèce, au Bengladesh et au Timor-Oriental… Faut-il vous
l’envelopper ou c’est pour manger tout de suite ?
Face à Hitchens, l’Henry qui a réponse à tout n’a
réponse à rien. Et quand on l’interviewe (contre un gros paquet de
sous), le diplomate exige par contrat qu’on ne l’interroge pas sur les
questions que pose le livre qui le fâche.
Mais la publication, par Le Monde,
des idées de guerre de Kissinger est un indicateur intéressant. Faute
de protestation des détenteurs du saint chrême, elle montre que la
brigade à BHL met de l’eau dans son quotidien (de référence), en
n’appelant pas à prendre d’assaut le building « porzemparquien » du
boulevard Blanqui. Ca annonce une suite de papiers intéressants dont je
peux déjà vous donner les titres : « Quelle stratégie pour la Bosnie ? » par Karadzic, « Quelle stratégie pour le Darfour ? » par le président Bachir, « Quelle stratégie pour le Cambodge ? » par Kieu Sampan, « Quelle stratégie pour le Tchad ? »Hissen Habré. par
Mais il faut continuer d’acheter Le Monde,
même à un euro quarante. Je le fais chaque jour pour, à la lecture de
la page nécro, savoir si je suis vivant ou si je suis mort. www.bakchich.info/Kissinger-heros-du-Monde
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